Balades et affûts

Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /2008 13:38

Malgré la météo défavorable, j'ai envie de monter voir les chamois ce week-end, ils doivent être en train de perdre leurs longs poils d'hiver.

 

Une première balade de repérage dans une brume épaisse me montre des traces nombreuses, ils fréquentent donc toujours ces coins à cette période de l'année, leur alimentation d'herbe fraîche mouillée donne des crottes très molles, qui se décomposent rapidement.

 

Au détour d'une petite crête je suis surpris par un mouvement, c'est un éterlou qui est là, en pleine après midi, mon appareil est dans le sac, je ne pensais pas voir d'animaux à cette heure…

 Heureusement mon amie n'est pas loin, je lui fais signe et elle s'approche pour se voir presque arracher l'appareil des mains !

Son Nikon D70 équipé d'un 70/300 stabilisé me sera bien utile pour photographier cette chevrée, car il y a à présent 3 éterlous et une chèvre.

 

 

La brume est bien présente mais les animaux sont tout proches et je réussi quelques clichés avant que la chevrée ne plonge dans une cheminée au petit trot.

 





Cette chèvre commence à perdre ses longs poils d'hiver.

 

Les éterlous sont des jeunes nés l'année précédente, ils sont reconnaissables à leurs cornes qui ne dépassent pas les oreilles

 

Je décide de retourner dans ce coin le lendemain matin, la météo annonce des éclaircies…

Arrivé en haut je constate que les éclaircies se font attendre, et je prospecte le secteur parmi les fleurs alpines quand je me fais soudain "souffler" par un chamois, (c'est leur manière de donner l'alerte) mais j'ai beau chercher partout le guetteur, je ne vois rien dans le brouillard…

 

Sous un rocher une silhouette vague se détache à peine de la brume, c'est une chèvre, les jeunes ne doivent pas être bien loin, je suis à présent assis par terre le dos calé par le sac à dos, je suis repéré, aucun mouvement tournant n'est possible, il va falloir faire preuve de patience.

 

La chèvre m'observe longuement, un jeune la rejoint, je ne les aperçois que lorsqu'ils se détachent sur la crête, au moins 4 jeunes sont présents par intermittence, je ne bouge pas, ils doivent avoir du mal à me voir dans cette purée de pois.

 



La femelle déboule soudain vers moi, elle est à 15 mètres et continue a approcher, cherchant sans doute à identifier cette forme dans l'herbe.

 




Elle part sur la gauche, tranquillement, après avoir vu de quoi il retourne, et va jusqu'à la prochaine crête ou elle semble attendre.

 

Les jeunes sont moins téméraires et hésitent très longuement sur leur rocher.


Ils apparaissent et disparaissent au gré des bancs de brouillard et de leurs déplacements, un des 3 s'allonge, ils ne sont pas pressés de rejoindre la chèvre.

 

Le chien de la bergère qui aboie au loin a raison de leurs hésitations, ils descendent droit dans la pente par une cheminée dans la falaise.

Je rencontre encore 2 groupes de chamois mais trop éloignés pour faire des photos, une marmotte me guette sur son rocher, elle aussi doit attendre le soleil qui tarde à percer malgré de petits lambeaux de ciel bleu.

 



Un groupe de chocard et un pic noir criant dans le brouillard seront les seules autres bestioles observées au sommet.

 

Sur le chemin du retour, je rencontre un brocard allongé dans l'herbe, qui me laissera le photographier depuis la voiture

Eric Breyton.

Par Eric Breyton - Publié dans : Balades et affûts
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Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /2008 20:34

Depuis le festival de Montier où j'avais acheté leur livre sur l'aigle de Bonelli, j'avais prévu de faire un stage photo avec l'association Regard du vivant.

Rendez-vous pris avec Thomas, l'un des photographes de l'association, pour ce week-end de Pentecôte, la météo nous joue des tours et Thomas me téléphone pour déplacer le stage : il pleut sur le Languedoc et les conditions ne sont vraiment pas bonnes, il est bien embêté et moi aussi mais c'est vrai que sous la pluie il est difficile de faire un stage intéressant.

Finalement on reporte d'une journée et le stage peut commencer le dimanche après midi.

 

Une fois les affûts arrachés aux griffes de "Tornade" le chaton de la maison, nous nous mettons en route vers l'étang où une colonie dense de mouettes mélanocéphales nous attend.

Thomas est un très bon naturaliste et ornithologue et tout en conduisant il me fait observer une bonne vingtaine d'espèces différentes, autant des milieux de garrigues que des zones méditerranéennes humides.

Un flamand nain notamment est de passage sur l'étang, avec un groupe de flamands roses.

 

Les bas de combinaisons de plongée enfilés nous mettons les affûts à l'eau pour une séance de l'après midi, survolés par les allers-retours incessants des mouettes, sternes, échasses, flamands roses, tadornes et avocettes.


Thomas m'indique les îlots favorables et la bonne façon de les aborder selon la lumière du soleil.

Je suis à genoux dans l'affût, le matériel sur une rotule en U Manfrotto prêtée par Thomas et je débute en me dirigeant vers le premier îlot peuplé de mouettes mélanocéphales et d'une mouette rieuse irascible.

L'avancée se fait en "marchant" sur les genoux dans une vase qui favorise le glissé de jambe et qui me permettra de bien me stabiliser lors des prises de vue, c'est physique mais le niveau d'eau de 20 à 40 cm facilite les déplacements.


Une première approche en douceur me permet de prendre mes premiers clichés et de m'habituer aux réactions des oiseaux, il est nécessaire de s'arrêter dès que les mouettes donnent des signes de nervosité en regardant fixement l'affût, pour reprendre le mouvement lorsqu'elles vaquent à leurs occupations.


Le bruit est assez assourdissant et l'odeur de guano bien présente près des îlots, à certains moments je me suis cru transporté dans un de ces documentaires télévisés ou le commandant Cousteau nous emmenait au coeur de grandes colonies d'oiseaux de mer, avec l'odeur en prime !

Les scènes à observer sont légion et il faut faire de grands efforts pour se concentrer sur un seul individu tout en ayant l'œil pour repérer un éventuel comportement intéressant. Offrandes, batailles territoriales, bains et accouplements se succèdent.


La lumière est changeante, il passe de gros nuages par moment mais au moins le ciel couvert simplifie la gestion de l'exposition et m'évite de "cramer les  blancs" sur les plumages des oiseaux.

Je repère quelques sternes parmi les mouettes qui couvent, Thomas m'apprendra plus tard a différencier ces oiseaux que je ne vois jamais dans ma région.

Les prises de vue se succèdent, au sol ou en l'air, l'affût est très efficace, relativement facile à manier et à stabiliser, l'analyse des clichés faite le soir en rentrant me montrera toutefois que l'étang semble parfois être en pente, il va falloir se concentrer sur la ligne d'horizon pour la prochaine séance !

 Les flamands m'ont attendu et je peux faire quelques clichés du flamand nain égaré, avant qu'une soudaine envolée ne les porte plus loin sur l'étang.


Un des îlots est peuplé d'avocettes en pleine couvaison et de deux nids de sternes pierregarin, les nids sont vraiment sommaires, les œufs semblent comme abandonnés sur la terre jusqu'à ce qu'une avocette s'approche et s'installe en pliant ses longues pattes pour couver.



Le ballet des avocettes qui se chamaillent entre elles et avec les sternes est splendide et je passe un grand moment à les observer.



Un autre des îlots est peuplé de centaines de mouettes mélanocéphales, c'est un nouveau peuplement datant de cette année, la colonie est en extension sur ce secteur et quelques sternes caspiennes sont posées à l'extrémité de l'îlot.



Certaines mouettes se baignent, d'autres couvent, d'autres volent des brindilles dans les nids voisins, c'est une activité incessante dans les cris qui se déroule sous mes yeux, l'affût flottant permet vraiment d'être au cœur de la colonie sans dérangement pour les oiseaux, il suffit d'approcher très progressivement et d'éviter tout mouvement brusque.


Un  îlot plus grand abrite quelques sternes naines, trop éloignées du bord pour la photo au sol et trop vives pour moi pour les prendre en vol.

Un chevalier gambette fait un passage éclair.

 

Un couple de mouettes mélanocéphales s'accouple un long moment sous mes yeux, la femelle semble dormir en subissant les assauts du mâle !


Le soleil décline lentement et la lumière évolue, un groupe de sternes hansel me donne l'occasion de faire quelques photos dans cette lumière chaude, surtout une d'entre elles qui se toilette soigneusement devant l'objectif.

 



La mouette rieuse du début d'après-midi est toujours aussi irascible lorsque je repasse devant elle dans la lumière du couchant.


 

La sortie de l'eau se fait difficilement, mes jambes sont pliées depuis longtemps et mon pas n'est pas très sûr pour gravir la berge, on se change rapidement en admirant les oiseaux qui rentrent au dortoir, Thomas me montre des guifettes noires qui se posent sur un des îlots.

Il est 21 heures, le crépuscule est bien avancé, une chouette chevêche est encore aperçue sur le chemin du retour.

Le repas partagé avec Thomas est l'occasion d'une séance de débriefing et d'analyse rapide des clichés, j'ai "rempli" trois cartes de deux gigas, le tri sera long en rentrant !

Thomas me fait remarquer ma tendance à pencher lors de la prise de vue, à améliorer pour demain, même s'il est possible de corriger les photos en post-traitement autant soigner tous les détails lors de la prise de vue.

C'est en écoutant le chant du hibou petit duc qui couche sous les fenêtres que nous prenons rendez-vous pour le lendemain sous réserve d'une météo capricieuse.

A 5 heures Thomas frappe à la porte, le ciel est étoilé, il est temps de se mettre en route !

La combinaison froide est un bon moyen de se réveiller tout à fait, nous nous mettons à l'eau pour une deuxième séance d'affût.

Ce matin je pars sur la droite, vers un îlot où Thomas a observé hier une vingtaine de couples d'échasses, j'aime beaucoup ces oiseaux élégants et je veux essayer de faire quelques clichés.

Les échasses sont coopératives et me donnent l'occasion d'admirer leurs évolutions dans les lueurs de l'aube.



Les cris et les poursuites se succèdent, les nids sont cachés dans les herbes mais les oiseaux ne sont pas trop farouches et, à un moment, l'affût est entouré d'échasses sur 360°.


Un déplacement vers un des autres îlots me rapproche d'une troupe de flamands qui se baigne et se nourrit, un des couples m'offre même un accouplement forcément acrobatique vu la longueur de leurs pattes !

 

Je découvre plus loin un couple d'oiseaux différents des mouettes mélanocéphales, Thomas m'apprendra que ce sont des goélands railleurs.

 

Une femelle tadorne de Belon essaye de passer inaperçue au milieu des mouettes qu'elle dépasse de deux bonnes têtes.

 

La lumière est moins bonne ce matin, la couverture nuageuse est plus dense malgré quelques éclaircies.

Thomas est en train de faire quelques photos des sternes caspiennes en bordure du nouvel îlot à mélanos, son approche patiente toute en douceur l'amènera à 5 ou6 mètres des oiseaux, qui sont pourtant plus farouches que les mouettes.

Je fais quelques clichés de comportements et de vol, les sternes semblent apprécier les écrevisses, plusieurs d'entre elles faisant les frais de leur petit déjeuner.



Je cherche à faire des clichés de vols de sterne pierregarin lorsqu'une averse arrive sur l'étang, une avocette de passage me permet de "mettre en boîte" ce moment.


Thomas revient du fond de l'étang et nous décidons d'écourter la séance pour ce matin, on se change rapidement sous les attaques de moustiques qui ne craignent pas la pluie.


Le chemin du retour sera l'occasion de faire une "tournée" des coins favorables de la garrigue alentour, pour observer des pies grièches et rolliers, chaque fois Thomas m'indiquera comment il dispose ses affûts suivant le biotope concerné, c'est riche d'enseignements pour moi qui ne connais pas ces coins et ces espèces.

Une analyse rapide des clichés du matin en partageant un café sous les "attaques" de "Tornade le chaton" puis Thomas me dédicace mon exemplaire du livre sur le Bonelli et il est temps pour moi de prendre le chemin du retour.

 Je ramène 8 gigas de photos, environ 800 clichés à trier et d'excellents souvenirs de ce stage, un grand merci à Thomas et à sa compagne Christelle pour leur accueil chaleureux et leur disponibilité.

La découverte des clichés sur mon écran étalonné me confirme mes impressions, certaines lumières sont très belles, le travail de dérawtisation* sera agréable.

 

 

*les clichés sont pris en format RAW sur mon boîtier et nécessitent un "développement" numérique pour exprimer tout leur potentiel en termes de couleurs et de contraste notamment.

Association regard du vivant : http://www.regard-du-vivant.fr/

Par Eric Breyton - Publié dans : Balades et affûts
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Lundi 28 avril 2008 1 28 /04 /2008 18:45

 

Ce week-end la météo annonce enfin du beau, une petite virée aux chamois s'impose, ils doivent être en train de déguster les nouvelles pousses d'herbe verte entre les névés.

 

Réveil à 4h30, un café vite fait, le sac est déjà dans la voiture, en route vers les sommets.

En fait de sommets la route a bien failli s'arrêter 5 kilomètres plus loin : une chevrette est plantée au milieu de la route à la sortie d'un virage et malgré un freinage brutal et bruyant elle n'est pas pressée de rejoindre le pré d'à côté !

La décharge d'adrénaline me réveille tout à fait et la route se poursuit tranquillement, deux silhouettes au loin me font penser à des mouflons mais ils disparaissent dans la forêt.

Arrivé au parking je m'aperçois que la neige est encore gelée et croûtée, la montée va être dure !

Les oiseaux m'accompagnent de leurs chants, je reconnais quelques mésanges et pinsons et des merles.

Après un petit arrêt striptease pour quitter une polaire je parviens au sommet en même temps que le soleil, j'aurais du me lever une demi heure plus tôt…

Les chamois sont là, sur les prairies aux endroits où la neige a fondu, au moins une trentaine rassemblés en petits groupes.

Une première approche vers l'ouest, sur un mâle solitaire, en rampant sur la neige gelée. Il continue à brouter tranquillement tandis que je me dissimule derrière une touffe d'herbe. Le soleil n'est pas encore parvenu à cet endroit, le chamois est dans l'ombre, dommage pour les photos la lumière n'est pas de la partie.

 




















        
    

Au dessus de moi un groupe de 5 chamois apparaît sur une crête, ils sont dans la lumière rasante de l'aube, magnifiques et dorés !

Je fais donc un détour derrière une éminence du terrain pour aller me placer, j'en profite pour me rhabiller, la neige gelée c'est confortable pour ramper mais très froid. Un merle à plastron me frôle, ils sont nombreux aujourd'hui sur ces pentes.

Une approche à bon vent plus tard et je peux m'allonger sur une crête, les chamois sont sur la crête d'après, ils sont rassurés par la présence d'une petite combe entre eux et moi, ils broutent tranquillement, une hiérarchie est bien visible entre eux, quand certains se déplacent d'autres s'écartent de leur chemin.

 

      Je fais quelques clichés dans cette lumière magnifique, ils se déplacent lentement en broutant.

 


       


























Les prairies sont couvertes de crocus tout juste en fleurs mais l'herbe n'est pas encore poussée et je me demande bien ce qu'ils mangent, une observation attentive du terrain m'apprend qu'ils broutent les crocus, feuilles et fleurs sont mangés indifféremment.




























Ils finissent par disparaître derrière la crête, je ne veux pas les suivre pour ne pas les alerter, ils ont bien le droit de manger en paix, déjà que je suis couché sur leur petit déjeuner !

 



Un peu plus loin deux chamois sont allongés, je reprends ma reptation derrière la crête pour aller les voir.

 


Un groupe bruyant de chocards s'amusent dans les courants d'air, ces oiseaux ont une maîtrise de l'air extraordinaire.

 



Les deux chamois reprennent leur broutage et suivent le premier groupe, il est encore très tôt et je vois d'autres groupes de l'autre côté de la vallée, il est temps de traverser pour les rejoindre.

 

Je suis toujours a bon vent mais à découvert lorsque je débouche entre deux groupes de chamois, il y a 200 mètres entre les deux et aucune possibilité de se cacher.

Je décide donc de tracer droit entre les deux groupes, le groupe du Sud sera dans mon vent et donc ils ne devraient pas tarder à se déplacer.

Je ne veux affoler personne, je marche donc lentement sans trop regarder dans la direction des chamois, mon stratagème semble fonctionner, le groupe du sud s'éloigne tout en broutant et ceux du Nord m'ignorent.

Je m'allonge donc sur un névé et commence à ramper vers les chamois du Nord, il y a là de jeunes éterlous qui s'amusent sur le névé d'en face et tout d'un coup un des jeunes se met à faire des cabrioles incroyables dans la neige.

 

 

 


Je découvrirais sur la rafale de photos toutes les postures qu'il a prises, l'œil n'a pas le temps de tout fixer à vitesse réelle.

 



Une chévre regarde dans ma direction depuis un moment depuis un point haut sur un rocher, elle semble attendre….

 

Un tout jeune cabri la rejoint, il semble hésiter sur plusieurs rochers et n'a pas la sûreté de pied qu'on connaît aux adultes.

 



Ces deux là ont l'air de vouloir rejoindre le reste de la chevrée mais il leur faut passer assez prés de moi sur le névé pour le faire, ce que le cabri fait au grand galop tandis que la chèvre adopte un trot rapide juste pour le passage.

 

 

Ils vont rejoindre le groupe ou certains se sont couchés dans l'herbe.

 

Je quitte ce groupe pour les laisser se nourrir tranquillement, le soleil est bien monté maintenant et dois éclairer un autre versant de la montagne, ou il y avait pas mal de chamois tout à l'heure.

Il me faut escalader une crête assez raide pour rejoindre ce versant et je profite d'un petit replat pour quitter encore la polaire lorsque j'aperçois un mâle assez prés en contrebas, il est dans l'ombre prés d'un épicéa, je prends quelques photos puis pose le sac pour me changer.

Lorsque j'ai fini le mâle est toujours à fourrager bruyamment dans l'arbre, sans se soucier de ma présence, il est pourtant en plein dans mon vent et je fais du bruit avec le sac !

 

Lorsque j'arrive sur le versant ouest les chamois sont toujours là, une bonne quinzaine au total, l'approche va être difficile, c'est à découvert sur une pente d'herbe entrecoupée de névés. Je pose le sac en gardant sur moi les cartes mémoires et une batterie et commence une longue reptation dans l'herbe, c'est assez dur parce que la pente est forte et que ça glisse pas mal.

Je vais très lentement pour ne pas effaroucher les chamois, j'ai déjà remarqué que sur une pente nue, sans obstacles ni dénivelée entre eux et moi, ils sont plus craintifs.


A un moment j'ai peur d'avoir raté l'approche, il y a une ruée de jeunes dans la pente mais ce ne sont que quelques poursuites endiablées sur la neige.

 

 

 

Je suis en place et les chamois continuent à se nourrir sans montrer de signes d'inquiétudes lorsque deux jeunes déboulent au dessus, c'est la fin de la poursuite et ils se remettent à brouter.

 

Je suis maintenant entre deux groupes de chamois, impossible de bouger autrement que très, très lentement, il y a sept bêtes qui sont tournées dans ma direction et qui lèvent la tête à intervalles irréguliers pour observer les alentours.

 

J'arrive quand même a me caler dans la pente coché sur le côté, la position à plat ventre étant devenue intenable pour mes cervicales.

 

On reste ainsi ensemble plus d'une heure, je déclenche de temps en temps mais surtout j'observe la vie du groupe, un cabri et une chévre ont semblé se douter de quelque chose et regardent de temps en temps dans ma direction mais le camouflage fait merveille sur l'herbe sèche, et je ne bouge pratiquement plus, le vent est fort et de face pour moi, des conditions idéales.

 

Mon estomac me rappelle qu'il est déjà midi et qu'il serait temps de redescendre, comme les chamois broutent en montant je ne vois à présent que leur dos et je m'éloigne en rampant jusqu'à mon sac.

Ils ne m'ont pas vu repartir non plus et je suis très content de n'avoir dérangé personne.

 


Ils semblent en bonne santé au sortir de l'hiver sauf un ou deux qui sont plus maigres mais ils faut les laisser manger à présent.

Le groupe de chamois est toujours bien présent sur ces pentes et je redescends content de ma sortie.

Par Eric Breyton - Publié dans : Balades et affûts
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 18:12

Ce dimanche, la météo prévoit du temps gris avec de la pluie en fin d'après-midi.

La neige du début de la semaine a dû faire redescendre les mammifères alpins des hauteurs où ils se réfugient habituellement.

Je pars donc pour une randonnée de repérage vers un endroit du Vercors où j’ai déjà aperçu des mouflons aux jumelles lors de précédentes sorties.

La balade se déroule sans difficulté majeure, j’observe plusieurs traces de sangliers, chevreuils, renards et les petites pattes d’ours du blaireau, la neige tient encore sur les versants nord, dans les combes à l’ombre.

Pas d’observations d’animaux, il y a pas mal de vent du sud et j’entends seulement une troupe de roitelets et quelques pinsons des arbres.

Je me résigne à rentrer bredouille et prends le chemin du retour lorsque je vois sur le versant d’en face une harde de mouflons qui broutent dans un pré.

Je viens de déboucher d’un bois et je m’accroupis immédiatement.

Ils ont l’air bien tranquilles et je compte 3 mâles, 3 femelles et un petit, couché dans l’herbe, il m’avait échappé à l’œil nu, il me faut le grossissement X8 de l’objectif pour le voir.

 

 

Mes premiers mouflons à portée raisonnable !

Je cherche une voie d’approche, je sais cette espèce très farouche, puisque chassée, par les hommes et par le loup.

Les mouflons sont de l’autre coté d’une petite vallée traversée par un ruisseau, des ronces en bordure de champ devraient cacher mon approche.

J’ai la chance d’être à bon vent, lequel est assez fort pour couvrir quelques bruits et emporter au loin mon odeur, un sentier dans le bois m’amènera près du ruisseau, je descends aussi vite et aussi silencieusement que possible lorsque je débusque 2 mâles à ma droite, je me jette à terre mais c’est peine perdue, ils sont en plein dans mon vent et fuient sans tarder.

La descente se poursuit, je remarque beaucoup de traces au sol, je suis en train de suivre le chemin  que les mouflons empruntent pour traverser la vallée.

Le ruisseau est vite traversé, et là ça se complique, les ronces sont par endroit infranchissables sans bruit, je dois me déporter vers l’est pour rester à bon vent.

A peine arrivé au débouché de la combe du ruisseau, j’aperçois plusieurs femelles et leurs jeunes qui fuient, toujours sur ma droite. J’ai bien peur d’avoir loupé cette occasion mais en m’approchant je vois ma harde qui continue à brouter à ma gauche.

Une première approche en rampant m’offre un point de vue partiel, je fais quelques clichés mais des branches et des herbes sont dans mon champ de vision, il va falloir se déplacer, les mouflons n’ont rien vu encore et vaquent à leurs occupations.

 Seul le petit qui ne broute pas a aperçu quelque chose et regarde dans ma direction.

 

Je retourne en rampant jusqu’au ruisseau pour le descendre un peu et trouver un meilleur point de vue.

Il me faut le retraverser et enjamber un bras mort, il y a des traces partout, c’est un point de passage.

 

Les ronces me causent encore quelques difficultés mais la motivation est là, quelques épines ne vont pas m’arrêter. Une prudente reptation m’amène au bord du pré, mes repères étaient bons je suis juste là  ou je voulais être.

Alors commence une belle partie de cache-cache avec un des jeunes mâles, il a vu quelque chose, ne sait pas ce que c’est, n’est pas vraiment inquiet mais prudent, il relève la tête de temps en temps, brusquement, et m’observe.

Il ne peut pas m’identifier à cette distance, il me suffit de ne pas bouger lorsqu’il regarde, je suis complètement allongé au sol, les pieds en contrebas grâce à la berge du ruisseau, le temps gris et mes vêtements de couleur neutre me camouflent dans les buissons.

 

 

Je fais quelques clichés de la harde, un des mâles est plus vieux que les 2 autres il a des cornes magnifiques

 

 

 

Le jeune se repose la plupart du temps, les adultes broutent avec entrain les premières pousses du printemps, ils semblent en bonne santé, pas trop maigres après l’hiver.

 

 

 

Le jeune vient téter sa mère qui semble aussi plus âgée que les 2 autres femelles, tout ce petit monde se méfie un peu de cette forme au bord du pré, mais le vent emporte le bruit léger des déclenchements et mon odeur.

 

Le bruit du vent dans les branches semble aussi les inquiéter par moment, ils se déplacent en broutant, se rapprochant tranquillement de moi.

 

 

Je me prépare à changer de carte mémoire  pour être sûr de ne plus avoir à bouger s’ils se rapprochent, quand soudain le vieux mâle dresse l’oreille, un bruit au loin l’a alerté.

 

C’est une moto de cross qui passe sur le chemin en contrebas et déclenche une fuite vers les bois au dessus.

 

 

Le démarrage est bien synchronisé, le jeune fuit au grand galop, il n’est pas très vieux, peut être quinze jours si je compare sa taille avec des agneaux, mais il a bien compris que le salut est dans la fuite !

Les adultes le rattrapent en quelques enjambées et se dirigent vers le haut du pré, certains au galop, la vieille femelle d’un trot allongé.

 

Ils disparaissent sous les arbres, me laissant tout ébahi de cette rencontre.

Le vieux mâle ferme la marche tandis que la harde est guidée par la femelle suivie de près par son petit.

C’était mes premières photos de mouflons et j’ai eu la chance de voir un groupe familial avec un tout jeune agneau.

Je ramène une centaine de clichés à trier, la lumière était faible et grise mais je savoure cette rencontre inattendue.

Eric 

 

Par Eric Breyton - Publié dans : Balades et affûts
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /2008 17:51

Sortie photo en montagne

Dimanche matin, 5h30, le réveil n’a pas eu le temps de sonner, je suis déjà debout, il fait nuit mais on devine bien la brume dehors, il va falloir monter au dessus de cette couche nuageuse.

Le petit déjeuner est vite avalé, le sac est prêt depuis hier soir ; le brouillard est dense sur la route de montagne.

Enfin arrivé, j’enfile les guêtres et me voila parti pour une heure de montée à travers la forêt, il fait nuit mais la lune est haute, on y voit assez pour marcher, je préfère éviter d’allumer la frontale.

Par contre la neige est bien gelée, elle craque sous les pas, ça va compliquer les approches.

Il ne fait pas trop froid, je ne sens pas le vent sous les arbres. La montée me réchauffe et très vite je transpire, une couche de polaire est en trop : elle va remplacer le boîtier dans le sac. Je vérifie mes  réglages et me cale à 800 ISO. Pour le moment il fait trop sombre et je fais trop de bruit pour espérer faire une image correcte mais j’aime autant être prêt.

Un oiseau piaille dans le bois, comme un poussin qui cherche sa mère. Aucune idée de ce que ça peut être, je me promets de chercher dans le guide, je rêvasse à une chevèchette sans y croire vraiment, pendant ce temps les kilométres passent plus vite.

Au débouché de la forêt je m’arrête en lisière, la lumière de l’aube monte doucement, le vent vient du nord est. Cela m’arrange car c’est dans cette direction que je voulais me diriger.

Re réglages du boîtier à 400 ISO, je dégage le bas des oreilles du bonnet pour mieux entendre et je m’avance à découvert, je n’ai pas fait vingt mètres que je surprends une femelle chamois en contrebas du sentier. Elle m’a bien sûr entendu avec cette neige gelée, je me fige aussitôt et le boîtier est dans mes mains avant que je n’aie eu le temps d’y penser, un vrai Lucky Luke !

Il faut dire que la toile fixée sur ma poitrine aux sangles du sac est vraiment pratique pour ce genre de situation. Elle maintient le boîtier pendant la marche, équilibre le sac et les fermoirs me laissent un accès très rapide à l’appareil

Assez d’autosatisfaction ! La femelle n’est pas contente, elle souffle plusieurs fois dans ma direction, je prends quelques clichés et je comprends pourquoi très vite, elle protége le départ de ses petits, un éterlou et un cabri de l’année.

 Ils traversent le pré en contrebas, l’éterlou en premier, le jeune suivant prudemment. La chèvre les laisse atteindre les arbres et s’élance pour les rejoindre -une belle course de 50 mètres- puis elle s’arrête en lisière.

Elle a juste rétabli sa distance de sécurité, ce n’est pas la peine de dépenser plus d’énergie que nécessaire !

 

 
 

 

Je continue ma route dans la brume et soudain sept chamois dont trois femelles adultes traversent le chemin 100 mètres devant moi

Ils sont trop loin et bien trop rapides pour moi. Un autre animal reste arrêté au dessus du chemin mais je n’ai aucune possibilité d’approche discrète. Il m’a vu malgré la brume  et je décide d’avancer sur le chemin tout en sachant qu’il il va sans doute aller rejoindre la chevrée.

C’est bien ce qu’il fait. Les photos m’apprendront que c’est un mâle à son pinceau pénien.

 

Il y a trop de nuages pour faire de bonnes images, je vais laisser cette chevrée tranquille et essayer de trouver le soleil un peu plus haut.

En contournant un sommet par l’Est je découvre plusieurs traces de Maître Goupil, au moins 4 voies différentes. J’aimerais bien surprendre l’animal, surtout à cette période de l’année, il doit être encore bien gras et son pelage bien épais.

Mais ce n’est pas en restant planté là à découvert que ça risque d’arriver !

Un peu plus loin une crotte me conforte dans mon identification.

Je décide d’attendre le soleil qui devrait bientôt percer la couche nuageuse. Un rocher et un rhododendron appuyé contre feront un bon poste d’affût.

Je pose le sac, glisse la housse du filet sous mes fesses en guise de coussin, sort le monopode et la housse antibruit et écoute les bruits de la montagne, confortablement installé à l’abri du vent.

Pas grand-chose à se mettre dans les oreilles et ce soleil qui ne perce pas !

Ma visibilité est réduite à vingt mètres. Je me console en me disant que les animaux sont logés à la même enseigne et que je devrais les entendre approcher avec cette croûte de neige gelée qui se brise sous les pas.

Une heure plus tard, toujours aucun mouvement, il est urgent de se faire un bon thé chaud et de réfléchir à la conduite à tenir. Le thé avalé, je décide de monter encore pour trouver enfin un peu de lumière au dessus des nuages.

Le vent du sud des jours derniers a sculpté des glaçons au bout de chaque aspérité du terrain, chaque pas déclenche une mini avalanche. On dirait que je marche sur du verre brisé, quelle discrétion !

 

 

Un léger replat, du bruit sur ma gauche : je mets un moment à comprendre que c’est le soleil sur le haut de la falaise qui fait fondre des glaçons. Ils produisent un joli son cristallin en glissant dans la pente. Encore un effort et je déboucherais au soleil !

 

Soudain sur ma droite une silhouette se détache brièvement dans la brume qui s’effiloche lentement.

Je tombe à genoux aussitôt dans la neige. Il m’a sans doute vu, il faut vite casser ma forme humaine.

Ensuite ne plus bouger, pas un mouvement tant que l’animal regarde dans ma direction ; ça peut durer, les chamois, car c’est un chamois, sont patients.

La brume n’en finit pas de bouger, par moment je ne le vois plus du tout. Je profite d’un de ces instants pour m’allonger et m’accouder sur les bâtons posés en travers qui me fournissent un appui solide dans la neige.

Le soleil se montre un peu plus haut, j’aperçois des lambeaux de ciel bleu !

Le jour blanc commence à me brûler les yeux et mes lunettes de soleil sont dans mon sac encore sur mon dos !

Tant pis je pose le sac : de toute façon c’est ça ou fermer les yeux !

La femelle ne bouge pas, je dois lui sembler inoffensif allongé comme ça.

 

 

Toute une chevrée est installée sur la pente cinq ou six jeunes éterlous et cabris et deux femelles. Je prends quelques clichés entre les bancs de nuages tout en cherchant vainement une autre femelle : le nombre de jeunes me semble bien élevé pour seulement deux femelles.

 

 

 

Les jeunes ne sont pas vraiment craintifs. La femelle est entre la troupe et moi. Une autre est placée au dessus comme je l’ai souvent observé lors d’autres approches dans ce secteur. Tout le monde broute plus ou moins les touffes d’herbes qu’ils ont réussit à dégager de la neige.

 

 

 Je découvre enfin la femelle qui me manquait, elle est un peu sur ma droite, elle devait être allongée derrière un repli de terrain.

Elle aussi m’a aperçu, elle se demande manifestement quel est ce truc en tenue camo allongé dans la neige.

Elle se le demande tellement qu’elle décide d’en avoir le cœur net et entame un petit mouvement tournant qui l’amènera à bon vent.

J’ai juste le temps de me tourner sur la droite et elle débouche à dix mètres derrière une crête.

Quelques photos et la voila qui s’arrête net, elle a trouvé mon odeur et ça ne lui plait pas, désolé mignonne, je ne sens pas le mâle en rut !

 

 

Elle fait demi tour tranquillement et repart vers la chevrée, je ne sens pas bon d’accord mais je ne représente pas une menace immédiate.

La chevrée s’éloigne lentement vers une crête qui la cachera à mon regard.

Deux cabris se poursuivent en jouant, signe que je n’ai pas trop perturbé leur matinée.

 

 

Je décide de ne pas les suivre, j’ai fait quelques photos malgré les nuages et puis je préfère les laisser tranquilles plutôt que de déclencher une fuite effrénée qui serait un gaspillage d’énergie.

Plus tard je croise encore un autre chamois en contrebas sur une vire, je ne suis pas à bon vent, il m’a vu et entendu. Je décide de contourner un mouvement de terrain pour revenir à bon vent et derrière les arbres.

Je me cache derrière un épicéa, bien assis sur un rocher et j’attends, je l’observe depuis mon abri derrière les branches.

Il sait que quelque chose est là mais ne fait pas un mouvement.

 Il a une drôle de tête, assez anguleuse, et un pelage qui ne me semble pas très fourni, je scrute attentivement tout autour de lui pendant au moins dix minutes, je n’ai jamais vu de chamois solitaires dans ce coin, cela m’étonnerait que celui-ci soit tout seul.

Et soudain je vois une forme ronde derrière un arbre, à trois mètres sous le premier ! C’est un chamois, il est couché et me tourne le dos, plus tard je verrais sur les photos qu’il a une corne cassée.

Aucun des deux ne bouge autre chose que la tête, je voudrais bien qu’ils se déplacent, pour faire quelques photos sur cette falaise, mais ils sont bien là, c’est l’heure de la sieste, la pause syndicale du chamois !

 

 

On reste presque une heure ensemble en bougeant le moins possible, je suis bien assis, ils sont bien installés, je ferais des photos dynamiques une autre fois.

C’est mon estomac qui me rappelle qu’il est midi, alors je m’éloigne lentement, je verrais aux jumelles après manger qu’ils n’ont toujours pas bougé !

Je croise encore une chevrée en entamant la descente, peut être la première que j’avais aperçue ce matin. Mais ils m’ont entendu et je suis dans le vent : ils disparaissent dans la forêt.

 

 

Je ramène quelques images sympas, plus dans les yeux que sur la carte mémoire mais ça valait le coup de se lever avant l’aube.

Eric

Par Eric Breyton - Publié dans : Balades et affûts
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