Sortie Bouquetin en Maurienne

Publié le par Eric Breyton

Sortie bouquetin en Maurienne

 

 

Ce 24 décembre la météo annonce une tempête de ciel bleu sur les Alpes, il a neigé dernièrement et les bouquetins devraient être descendus de leurs hauteurs ventées pour trouver de quoi manger.

Je me décide donc pour une excursion en Maurienne, les abords du Parc National de la Vanoise étant propices à de telles rencontres.

Lors de précédentes sorties j’avais déjà rencontré un vieux mâle dans le secteur où je me dirige.

La montée est rude, j’ai laissé de côté le sport ces temps-ci et je le paie cash.

La neige est bien porteuse, les raquettes sont inutiles pour l’instant, j’ai 500 mètres de dénivelée à faire et je suis le premier à passer sur le chemin ce matin, la fine couche immaculée me le prouve.

Au détour du chemin j’aperçois plusieurs zones d’où sont parties de mini avalanches laissant la végétation à nu, exposées au Sud et couvertes d’herbe haute et sèche, ce sont des coins idéaux pour les bouquetins en ce moment.

Un "buisson" marron foncé en bordure de zone attire mon attention, les jumelles me révèlent un chamois, M…. un chamois ! Il va me voir et faire fuir tous les animaux présents !

C'est bien ce qui se passe dans un premier temps, je me fais repérer de suite, le chamois entame une fuite très tranquille pour passer sur un autre versant en observant cet humain qui peine dans la neige.

 

En regardant de plus près le versant dégagé, j'aperçois des traces fraîches qui mènent vers une zone rocheuse, bouquetin ou chamois, je ne saurais dire mais je me dirige vers cette crête rocheuse.

Un bouquetin mâle en pleine force de l'âge broute tranquillement au milieu des rochers, il m'a vu mais reste bien tranquille.


200 mètres

 

 

 

de dénivelée nous séparent, je suis à découvert mais je tente ma chance très lentement, en zigzag dans la pente sans jamais me diriger directement vers lui.

de dénivelée nous séparent, je suis à découvert mais je tente ma chance très lentement, en zigzag dans la pente sans jamais me diriger directement vers lui.

 

 

Le chemin de randonnée en contrebas est assez fréquenté, il doit voir souvent passer des skieurs et autres randonneurs, je compte sur sa tolérance à l'espèce humaine.

Je vais faire les derniers 50 mètres de l'autre côté de la crête pour échapper à sa vue, je pose le sac ne gardant que l'appareil avec le 100/400 et des cartes et batteries au chaud dans mes poches.

Heureusement que je me suis déchargé, les pierres sont couvertes de glace et la neige est traître, par endroit je m'enfonce jusqu'au genou, je prends mon temps pour ne pas faire trop de bruit.

J'ai pris mes repères pour déboucher près de lui mais l'animal s'est déplacé pendant mon ascension et lorsque je passe lentement la tête au dessus de la crête, caché derrière l'appareil je suis à 5 mètres de lui !

 

Mon cœur s'emballe, je déclenche par réflexe et je me sens en mauvaise posture : je tiens sur un pied et un coude posé sur un rocher en équilibre instable et c'est un gros mâle, je le dérange, je suis trop près !

Je me répète que les bouquetins sont tolérants, que je n'ai jamais entendu parler d'un seul mouvement d'humeur de leur part….

Ses cornes sont impressionnantes, j'en ai déjà vues de plus grandes et de plus près mais jamais dans des conditions hivernales et c'était alors le bouquetin qui avait choisi de passer près de moi accroupi dans l'herbe.

Il ne bouge pas, se contente de m'observer, je me tasse le plus possible, arrive à poser une fesse dans la neige car ma jambe tétanise, et on passe un grand moment à se regarder….

 



 


Le bruit léger de l'appareil ne semble pas le déranger, je bouge très, très lentement pour varier mes cadrages et il se remet à brouter !

Il se déplace en broutant divers arbustes et herbes dégagés par le vent et me tolère dans son espace vital.

 



Au bout de deux heures passées ensemble, il s'installe tranquillement pour une sieste réparatrice, il est alors temps pour moi de songer à bouger, je ne sens plus ma fesse droite posée dans la neige malgré le collant thermique et mes jambes repliées sous moi sont très raides !

 



C'est en me retournant pour entamer ma descente que je réalise que ça va être dur, les roches sont très glissantes, le verglas qui les recouvre est en train de fondre et je ne vois pas où passer….

Je prends l'option de rejoindre presque en rampant la combe de neige, c'est de la profonde je m'enfonce jusqu'à la taille mais au moins si je tombe, je ne me ferais pas mal.

Je me retrouve 40 mètres plus bas que le bouquetin qui fait toujours une sieste ruminante et décide de pique-niquer sur une zone d'herbe dégagée par un départ d'avalanche.

Tout le temps de mon repas, le mâle est couché au dessus de moi, des randonneurs à ski passent plus loin sans le voir.

Je le regarde sans cesse, il ne bouge pas, rumine et somnole.

Après manger je remonte vers lui qui s'est remis à brouter, je choisis l'autre coté de la crête pour varier les cadrages et on passe encore une heure et demie ensemble à plus ou moins 10 mètres l'un de l'autre.
Il est plus tranquille qu'au début, je pense qu'il a jaugé ma vitesse de déplacement dans son environnement et compris que je ne représentais aucun danger pour lui.

 


Je fais des dizaines de photos dans des postures variées, le soleil est éclatant et le ciel d'un bleu magnifique.

 


Quand je pense que certains chasseurs des fédérations de l'Isère et de la Savoie voudraient inscrire ces animaux très tolérants au rang des espèces chassables !

 

 

Le mâle observe tranquillement les randonneurs qui passent sur le chemin en contrebas, sa couleur le fond dans les rochers, son pelage d'hiver est très épais, fait de plusieurs couches de poils qu'il perdra au printemps pour le grand bonheur des oiseaux qui en garnissent alors leur nid.

 

 

Je le quitte en le remerciant pour ce magnifique cadeau de Noël, 4 heures passées en compagnie du symbole du Parc de la Vanoise, mon mammifère préféré, sa majesté le Bouquetin.

 

 

 

 

 

Publié dans Bouquetins

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ARMAGNAC 05/10/2010 09:38



Merci pour cette réponse.


Je ne pense pas à une grosse chèvre les cornes étaient droites plus éloignées l'une de l'autre vers le haut et mesuraient au moins un  mètre chacune, la taille aussi était trop haute pour
une chèvre.


Je regrette vraiment de ne pas avoir eu mon appareil photo, une erreur.



Eric Breyton 05/10/2010 17:26



J'ai découvert, grâce à ton message, qu'il existe une race de chèvre des Pyrénées qui semble correspondre à ta description.


Yapluka y retourner ! 


A+ Eric



ARMAGNAC 04/10/2010 16:09



Très belles photos.


J'ai rencontré un animal dans les pyrénées derrière La Rhune la semaine dernière, je pense que c'était un bouquetin, mais est-ce possible qu'un gros mâle ait des poils longs et blancs en cette
saison ?



Eric Breyton 05/10/2010 07:53



Aucune chance que ce soit un bouquetin malheureusement, la dernière femelle s'est éteinte dans le parc espagnol d'ordesa en 2000 je crois (date à vérifier).


Sans doute une chèvre échappée, ça correspondrait mieux au pelage aussi.


Pas de photos ?


A+ Eric