Ce week-end la météo annonce enfin du beau, une petite virée aux chamois s'impose, ils doivent être en train de déguster les nouvelles pousses d'herbe verte entre les névés.
Réveil à 4h30, un café vite fait, le sac est déjà dans la voiture, en route vers les sommets.
En fait de sommets la route a bien failli s'arrêter 5 kilomètres plus loin : une chevrette est plantée au milieu de la route à la sortie d'un virage et malgré un freinage brutal et bruyant elle n'est pas pressée de rejoindre le pré d'à côté !
La décharge d'adrénaline me réveille tout à fait et la route se poursuit tranquillement, deux silhouettes au loin me font penser à des mouflons mais ils disparaissent dans la forêt.
Arrivé au parking je m'aperçois que la neige est encore gelée et croûtée, la montée va être dure !
Les oiseaux m'accompagnent de leurs chants, je reconnais quelques mésanges et pinsons et des merles.
Après un petit arrêt striptease pour quitter une polaire je parviens au sommet en même temps que le soleil, j'aurais du me lever une demi heure plus tôt…
Les chamois sont là, sur les prairies aux endroits où la neige a fondu, au moins une trentaine rassemblés en petits groupes.
Une première approche vers l'ouest, sur un mâle solitaire, en rampant sur la neige gelée. Il continue à brouter tranquillement tandis que je me dissimule derrière une touffe d'herbe. Le soleil n'est pas encore parvenu à cet endroit, le chamois est dans l'ombre, dommage pour les photos la lumière n'est pas de la partie.
Au dessus de moi un groupe de 5 chamois apparaît sur une crête, ils sont dans la lumière rasante de l'aube, magnifiques et dorés !
Je fais donc un détour derrière une éminence du terrain pour aller me placer, j'en profite pour me rhabiller, la neige gelée c'est confortable pour ramper mais très froid. Un merle à plastron me frôle, ils sont nombreux aujourd'hui sur ces pentes.
Une approche à bon vent plus tard et je peux m'allonger sur une crête, les chamois sont sur la crête d'après, ils sont rassurés par la présence d'une petite combe entre eux et moi, ils broutent tranquillement, une hiérarchie est bien visible entre eux, quand certains se déplacent d'autres s'écartent de leur chemin.
Je fais quelques clichés
dans cette lumière magnifique, ils se déplacent lentement en broutant.
Ils finissent par disparaître derrière la crête, je ne veux pas les suivre pour ne pas les alerter, ils ont bien le droit de manger en paix, déjà que je suis couché sur leur petit déjeuner
!
Je suis toujours a bon vent mais à découvert lorsque je débouche entre deux groupes de chamois, il y a 200 mètres entre les deux et aucune possibilité de se cacher.
Je décide donc de tracer droit entre les deux groupes, le groupe du Sud sera dans mon vent et donc ils ne devraient pas tarder à se déplacer.
Je ne veux affoler personne, je marche donc lentement sans trop regarder dans la direction des chamois, mon stratagème semble fonctionner, le groupe du sud s'éloigne tout en broutant et ceux du Nord m'ignorent.
Je m'allonge donc sur un névé et commence à ramper vers les chamois du Nord, il y a là de jeunes éterlous qui s'amusent sur le névé d'en face et tout d'un coup un des jeunes se met à faire des cabrioles incroyables dans la neige.
Un tout jeune cabri la rejoint, il semble hésiter sur plusieurs rochers et n'a pas la sûreté de pied qu'on connaît aux adultes.
Ils vont rejoindre le groupe ou certains se sont couchés dans l'herbe.
Je quitte ce groupe pour les laisser se nourrir tranquillement, le soleil est bien monté maintenant et dois éclairer un autre versant de la montagne, ou il y avait pas mal de chamois tout à l'heure.
Il me faut escalader une crête assez raide pour rejoindre ce versant et je profite d'un petit replat pour quitter encore la polaire lorsque j'aperçois un mâle assez prés en contrebas, il est dans l'ombre prés d'un épicéa, je prends quelques photos puis pose le sac pour me changer.
Lorsque j'ai fini le mâle est toujours à fourrager bruyamment dans l'arbre, sans se soucier de ma présence, il est pourtant en plein dans mon vent et je fais du bruit avec le sac !
Lorsque j'arrive sur le versant ouest les chamois sont toujours là, une bonne quinzaine au total, l'approche va être difficile, c'est à découvert sur une pente d'herbe entrecoupée de névés. Je pose le sac en gardant sur moi les cartes mémoires et une batterie et commence une longue reptation dans l'herbe, c'est assez dur parce que la pente est forte et que ça glisse pas mal.
Je vais très lentement pour ne pas effaroucher les chamois, j'ai
déjà remarqué que sur une pente nue, sans obstacles ni dénivelée entre eux et moi, ils sont plus craintifs.
A un moment j'ai peur d'avoir raté l'approche, il y a une ruée de jeunes dans la pente mais ce ne sont que quelques poursuites endiablées sur la neige.
Je suis en place et les chamois continuent à se nourrir sans montrer de signes d'inquiétudes lorsque deux jeunes déboulent au dessus, c'est la fin de la poursuite et ils se remettent à brouter.
Je suis maintenant entre deux groupes de chamois, impossible de bouger autrement que très, très lentement, il y a sept bêtes qui sont tournées dans ma direction et qui lèvent la tête à intervalles irréguliers pour observer les alentours.
J'arrive quand même a me caler dans la pente coché sur le côté, la position à plat ventre étant devenue intenable pour mes cervicales.
On reste ainsi ensemble plus d'une heure, je déclenche de temps en temps mais surtout j'observe la vie du groupe, un cabri et une chévre ont semblé se douter de quelque chose et regardent de temps en temps dans ma direction mais le camouflage fait merveille sur l'herbe sèche, et je ne bouge pratiquement plus, le vent est fort et de face pour moi, des conditions idéales.
Mon estomac me rappelle qu'il est déjà midi et qu'il serait temps de redescendre, comme les chamois broutent en montant je ne vois à présent que leur dos et je m'éloigne en rampant jusqu'à mon sac.
Ils ne m'ont pas vu repartir non plus et je suis très content de
n'avoir dérangé personne.
Le groupe de chamois est toujours bien présent sur ces pentes et je redescends content de ma sortie.