Bouquetins du Vercors

Publié le par Eric Breyton

Randonnée à deux sur les crêtes du Vercors au programme ce week-end. La balade est longue et la météo annonce du temps couvert en fin d'après-midi, c'est donc à cinq heures que le réveil sonne ce dimanche.

Deux chamois, un chevreuil et un renard aperçus pendant le trajet nous mettent en condition pour attaquer l'ascension dans la bonne humeur.

 

Renard depuis l'affût à roulettes.

 

Le sentier est agréable, serpentant entre prairie et sous bois, dans un décor qui m'évoque toujours les images du Canada.

A peine arrivés en vue du sommet un premier groupe de bouquetins nous accueille, il s'agit de femelles ou "étagnes" accompagnées de leurs jeunes des années passées.

 

 

C'est l'occasion de faire quelques images, la lumière est déjà dure et je suis à contre-jour mais le spectacle est charmant et il y a bien cinq à six cent mètres de vide à l'endroit où je devrais être pour avoir la bonne lumière, je reste donc tapi derrière mon rocher, après une approche accroupie.

 

 

 

C'est toujours frappant de voir à quel point les bouquetins sont tolérants dès lors que l'approche se fait par étapes, doucement, et obligatoirement collé au sol, le bon réflexe avec eux est de s'accroupir et de progresser assis en s'aidant des mains.

Ce n'est pas bon pour le tissu du pantalon mais ça permet de ne pas les inquiéter et d'observer des comportements intéressants.

 

 

Justement un des jeunes s'approche de sa mère et entame une tétée revigorante sous mes yeux, je suis aux anges c'est la première fois que je vois ça et je dois être à dix mètres au plus !

 


 

Les étagnes se déplacent tranquillement pour aller se recoucher un peu plus loin.

 

 

 

Une deuxième tétée se déroule sous mes yeux


 

 

 

Je les laisse donc tranquilles et reprends la montée pendant laquelle je trouve une  jeune étagne qui semble poser au bord du sentier, mon amie a prévu le scénario et s'est mise en position pour fixer le moment.


 

En pleine action  (photo Mireille)

 

Une petite pause barre de céréales et nous entamons une traversée de l'alpage en suivant les traces des bouquetins parmi quelques terriers de marmottes.

Un endroit rocheux au loin me semble propice pour eux et la découverte de quelques têtes dépassant de l'herbe me donne raison, ce sont d'abord quatre puis dix puis près de vingt bêtes qui sont allongées dans l'herbe encore pleine de rosée.

Ces chevrées sont fréquentes au moment des mises bas, les étagnes se rassemblent pour élever leurs jeunes.

 

 

Un grand troupeau de femelles avec des jeunes de l'année et de l'année précédente, certains sont vraiment tous jeunes et frêles. Les plus jeunes n'ont pas encore de cornes, lesquelles commencent à pousser vers 5 ou 6 semaines pour atteindre 5 à 12 centimètres la première année.

L'approche devra se faire avec une prudence particulière parce que je ne veux absolument pas risquer de faire fuir toute la troupe vers les éboulis en contrebas, le terrain herbeux ne se prête pas à la dissimulation et les bouquetins sont bien au dessus de moi.

C'est donc par une montée en zigzag sans jamais me diriger directement dans leur direction que je rejoindrais un point à leur niveau mais assez éloigné d'eux pour y poser mon sac et entamer l'approche en rampant.

Il n'est pas question de les inquiéter et je les observe sans cesse m'arrêtant à chaque signe d'intérêt de leur part pour des moments d'immobilité qui me permettent aussi de reprendre mon souffle.

Les étagnes sont bien tranquilles, ruminant en position allongée et les jeunes se tiennent tranquilles aussi.

 

 

Je rejoins lentement un poste derrière un petit monticule herbeux lorsque l'étagne la plus proche se lève, je m'arrête aussitôt, inquiet de l'avoir dérangée lorsqu'elle se recouche en me tournant le dos !

 

 

Je peux beaucoup mieux observer le troupeau maintenant, il est composé exclusivement de femelles et de leurs jeunes de cette année ou de l'année dernière, les jeunes mâles de trois ans se sont fait chasser au début des mises bas, ils ont dû rejoindre les groupes de mâles pour acquérir durement leur indépendance.


Deux des femelles semblent plus âgées, leurs cornes sont plus développées que chez leurs consœurs, une des deux est justement proche de moi, elle rumine, couchée sur le côté et ne manifeste aucun signe d'inquiétude.

 

 

Les jeunes l'entourent et se livrent à la sieste entrecoupée de grattages, de jeux et de bâillements.

 

 

 




Je passe un grand moment à observer les déplacements et les attitudes de la chevrée, je n'en ai jamais vu d'aussi importante et les jeunes sont très photogéniques

 

 

 

Une des mères s'est levée et a commencé à brouter en contrebas, elle s'est dirigée dans mon dos et je me retrouve entouré de bouquetins, surtout lorsque la vieille femelle la suit pour brouter à son tour.

Le déplacement de la femelle âgée est entouré de respect de la part des autres animaux, ils s'écartent de son passage sans qu'elle ait besoin de faire un écart.

 

 

Seul un jeune est menacé d'un petit coup de cornes auquel il échappe promptement

 

 

Deux nouvelles scènes de tétée se déroulent sous mes yeux, preuves que je ne cause pas de dérangement.

 



Les nuages s'accrochent parfois au sommet et changent les conditions de lumière,  faisant parfois disparaître la troupe dans la brume.

 

 



Certaines femelles se remettent à brouter et descendent lentement derrière un escarpement, je décide de ne pas les suivre et rejoint mon amie pour le pique nique.

Elle aussi a trouvé un troupeau de femelles dont nous nous éloignons un peu pour manger, c'est tout de même a à peine vingt mètres de la plus proche femelle que nous partageons notre repas !

 

 



Les martinets à ventre blancs recherchent des insectes au ras de la pente et passent parfois à un mètre de nous dans un sifflement d'ailes impressionnant.

Impossible de faire une photo, ils sont bien trop rapides et imprévisibles pour moi, mais quel ballet aérien magnifique ils nous offrent, ces oiseaux de près de soixante centimètres d'envergure passent au ras de la pelouse à toute vitesse pour saisir dans leur bec toujours ouvert les insectes de l'alpage.

 

Après ce repas nous reprenons le chemin du sommet pour retrouver le sentier lorsqu'un nouveau groupe de femelles se dirige lentement vers nous, certaines d'entre elles se défient pour des escarmouches aussitôt terminées dès que les cornes s'entrechoquent, une d'elles se lève même sur ses pattes arrières comme le font les mâles pour donner de la force à leurs coups.


 

Photo Mireille


 

Le chemin retrouvé, quelques dernières photos d'une femelle acrobate qui va chercher une touffe d'herbe dans la falaise et nous entamons la descente, les yeux et les cartes pleins d'images inoubliables.



Sur le chemin nous retrouvons quelques randonneurs qui font aussi des photos des "chamois" (dixit une randonneuse !), les animaux surveillent les humains mais ne semblent pas vraiment perturbés par leur présence.

C'est toujours un grand bonheur d'être admis par ces animaux dans leur environnement, quelques précautions basiques suffisent pour qu'ils veuillent bien tolérer notre présence, pensez-y si vous rencontrez des bouquetins lors de vos balades, s'accroupir permet les rendre plus confiants et de plus vous ferez de meilleures images à la hauteur des yeux des animaux.

 

La descente sera agrémentée de la rencontre d'un groupe d'Apollons, magnifiques papillons d'altitude.

 

 

 

Bibliographie : "Sur les traces des bouquetins d'Europe" d'Eric Weber chez Delachaux et Niestlé.

 

Eric Breyton

Publié dans Bouquetins

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fred R 06/08/2008 23:16

Bonjourje viens de découvrir votre blog via les liens de Denis Simonin..très chouette, j'aime beaucoup les récits qui accompagnent les photos..bien aimé la série de chamois dans la brume..bonne continuationFred

Marco 30/07/2008 17:39

Bonjour,Belle série sur les bouquetins.J'ai eu la même rencontre il y a 2 ans sur le Grand-Veymont.Où les as-tu photographié?Marco.

Eric Breyton 30/07/2008 21:24


Merci, c'est marrant j'ai découvert ton blog aujourd'hui....