A l'approche des sangliers, chevreuils et biches de Lozère

Publié le par Eric Breyton

Une semaine de vacances dans un de ces coins paradisiaques dont la Lozère a le secret m'a permis d'approcher quelques ongulés dans le Parc national des Cévennes.

En ces lieux où les animaux sont protégés intégralement, hormis des tirs de régulation, la densité exceptionnelle m'a permis d'observer à chaque sortie des sangliers, biches ou chevreuils avec en prime deux renards.

Toutes les photos ont été réalisées selon la technique de l'approche lors de sorties solitaires ou à deux, randonnées dans les secteurs les plus favorables en marchant à bon vent et le plus silencieusement possible.

Ces sorties d'approche à deux m'ont ainsi permis de découvrir que si à deux on fait plus de bruit que seul, on dispose aussi de 2 yeux de plus pour voir les animaux avant d'être repéré, à chaque rencontre un de nous deux a repéré l'animal avant l'autre.

Bien entendu il faut que l'entente soit très bonne et que la communication se fasse par gestes ou chuchotements très bas pour optimiser les avantages de la formule.

 

La première sortie s'est faite seul un matin, dans une zone mixte entre prés, tourbière et forêt de pins. Parti en repérage je découvre une piste de cerf qui se dirige vers une zone boisée, je vérifie le vent en lâchant une toute petite plume, à la manière de Robert Hainard, il vient du sud, c'est par là que la piste se dirige et des amis "locaux" m'ont signalé un cerf, une biche et son jeune dans le coin.

 

 

 

Je suis donc cette piste en marchant le plus silencieusement possible lorsque qu'un bruit de déplacement se fait entendre dans le bois, je me fige et écoute, le bruit vient de devant moi, un sanglier bouge à 10 mètres, il me tourne le dos et mes premiers clichés ne montrent qu'un petit bout du dos de l'animal qui disparaît derrière un fourré.

Un bruit de fuite et de brindilles cassées droit devant, je crois avoir perdu la partie  et regarde les photos sur l'écran du boitier lorsque l'animal réapparait, cherchant toujours tranquillement sa nourriture, je fais quelques photos, le bruit du boitier ne le dérange pas mais un autre sanglier situé derrière moi et à ma gauche (dans mes 8 heures comme disent les aviateurs) m'évente et fuit bruyamment.

Le "mien" lève la tête, il est à 10 mètres au plus et c'est ma première confrontation avec cet animal, je suis sûr qu'il doit entendre mon cœur battre la chamade !

 

 

 

Il flaire, me regarde et part d'un bond dans les buissons, d'autres bruits se font entendre tout autour, j'ai dû tomber sur un petit groupe en pleine recherche de nourriture.

Je fais demi-tour pour ne pas prolonger le dérangement, il ne sert à rien de poursuivre un animal qui m'a éventé.

En revenant sur la piste du cerf je découvre une toute petite grenouille rousse qui se cache dans le creux d'une empreinte.

 

 

L'après-midi nous remontons un ruisseau qui se fraie un passage parmi les blocs de granit déposés là par un glacier depuis longtemps disparu.

Je marche en tête et j'aperçois un jeune sanglier, une bête rousse, il vient de perdre ses rayures mais est encore tout jeune, normalement sa mère et ses frères et sœurs ne devraient pas être loin.

 

 

On escalade un rocher de granit par prudence et de notre poste d'observation improvisé on aperçoit la laie, assez maigre, descendre vers le petit ruisseau.

 

 

Le ruisseau est malheureusement invisible de notre rocher, les jeunes -5 ou 6 au moins- se font rappeler à l'ordre d'un grognement et tout le monde rejoint bien tranquillement le couvert sans cesser de rechercher de la nourriture ; apparemment aucun animal n'a éventé notre présence.

 



 

 

En rentrant par la zone où j'ai trouvé les empreintes de cerf le matin nous apercevons un faon qui broute à l'ombre d'un pin.

 

 

Et même un dernier sanglier, lui aussi gêné par les mouches

 

 

Pour la balade suivante, nous décidons de changer de "zone d'investigation" et d'explorer un secteur boisé de hêtres.

Les feuilles mortes crissent sous nos pas et j'ai bien peur d'effaroucher tous les animaux présents lorsque qu'un mouvement sous le couvert attire mon regard.

On se fige immédiatement et j'ai du mal à comprendre ce qu'est cette tache blanche qui remue derrière les branches…

C'est le bout de la queue d'un sanglier qui chasse les mouches : tout affairé à sa recherche de nourriture il ne nous a pas entendus.

Je m'aperçois au bruit très lent du premier déclenchement que j'ai oublié de régler la sensibilité, la lumière est faible sous les arbres, je monte donc à 1600 iso pour gagner un peu de vitesse.

 



 

Le sanglier se dirige de notre côté, fouillant le sol du groin sans regarder plus avant. Je suis debout au milieu d'une sent et je ne peux pas bouger sans faire bruisser les feuilles. Il est très difficile de cadrer au milieu des branches qui s'enchevêtrent. Mon amie est un peu mieux dissimulée derrière un bosquet juste à coté de moi.

Le sanglier approche toujours.

Arrivé à 6 mètres de nous, il semble entendre enfin le bruit de l'appareil et se fige en regardant droit devant lui, nous sommes sur sa droite, je suis totalement visible, pas rassuré du tout…

 

 

Il tourne lentement la tête dans ma direction, me regarde une demi-seconde et fait un demi tour éclair en poussant un  puissant grognement !

Les 2 photos suivantes ne sont pas nettes mais je les ai gardées, comme illustration du sursaut que j'ai eu lors de sa fuite…

 



 

 

La vision du démarrage à travers le viseur et le grossissement de l'objectif m'ont procuré une belle montée d'adrénaline. Je pense quand même à mesurer la distance qui nous séparait du sanglier : 6 mètres !

 

Le dernier soir de notre séjour,  nous décidons de tenter un affût  dans une clairière assez dégagée, indiquée par nos amis comme étant un lieu propice pour apercevoir des biches.

La marche d'approche est déjà prometteuse puisque je vois une chevrette brouter dans un marais, je l'approche doucement en me dissimulant derrière un pin noir.

 



 

Les bruits de déclenchements lui font lever la tête mais elle n'arrive pas à déterminer leur origine, elle secoue la tête à intervalles réguliers pour se débarrasser des mouches, puis se remet à brouter.

Elle a tout de même un doute et relève brusquement la tête, j'ai souvent vu ce comportement chez les chamois, je n'ai pas bougé et elle n'arrive pas à déterminer ce qui l'inquiète. Elle flaire le vent, regarde de tous cotés mais le pin me dissimule bien et ses branches étagées laissent un passage pour l'objectif.



 



 

 

Elle finit par aller brouter plus loin et nous continuons notre chemin.

Nous apercevons encore une biche et un sanglier avant d'arriver sur le lieu de l'affût, mon amie s'installe en hauteur sur un arbre et je m'assoie en tailleur près du tronc d'un pin adulte.




J'ai la tenue de camouflage filet de Décathlon (pub gratuite) avec gants et cagoule filet, le boitier est monté sur monopode, réglé sur 1600 iso car la lumière baisse rapidement et l'attente commence.

Un brocard fait son apparition sur ma droite et broute dans les hautes herbes, je fais quelques photos mais il poursuit son chemin et disparaît derrière un bosquet.

 

 

Un bruit proche sur ma gauche m'inquiète un peu, je ne vois rien à cause du tronc du pin et décide de me pencher très lentement en arrière pour voir de quoi il retourne.

J'aperçois les pattes arrières d'un chevreuil, il est à 5 mètres au plus, ne bouge pas et semble regarder dans ma direction, je ne dois plus bouger du tout et espérer qu'il ne va pas fuir. Mes abdos n'apprécient pas du tout la position et je trouve le temps bien long avant que le brocard se décide à avancer un peu et que je puisse me redresser lentement, dissimulé par le tronc.

Le premier déclenchement fait sursauter le chevreuil, j'attends qu'il soit plus tranquille et plus éloigné pour recommencer.

 



 

 

 Il se balade dans le pré, le soleil est presque couché à présent et une brume fine monte des zones les plus humides.

 



 

 

Le brocard disparaît dans les hautes herbes pour un moment et je relâche mon attention sur lui pour tenter de voir ce qui provoque un fin bruissement sur ma gauche.

Mauvaise idée car lorsque je le revois, il a le regard fixé sur moi, il a dû percevoir un mouvement.

 

 

Je ne bouge plus du tout mais cette chose bizarre au pied du pin le dérange et il nous gratifie d'aboiements courroucés avant de démarrer d'un bond.

 



 

Il se déplace d'une cinquantaine de mètres avant de se remettre à aboyer

 


Pendant tout ce remue ménage le premier brocard qui avait réapparu plus loin n'a pas levé la tête, continuant à brouter tranquillement.

Nous attendons la nuit tombée pour rentrer à la lueur de la lampe frontale.

Publié dans Balades et affûts

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Troncy 03/02/2012 10:41


Bonjour,


Je suis Lozèrien et je voulais vous féliciter pour ce site, il est passionnant!!!!


Je vous accueillerais bien volontier chez moi pour avoir le temps d'immortaliser d'autres instants de notre environnement.


Bonne continuation, a bientôt.

Eric Breyton 04/02/2012 11:07



Merci pour l'invitation, le mont Lozére doit être superbe avec la neige en ce moment !


A+ Eric



tof 12/06/2011 12:08



Bonjour je tenais à vous signalez de biens jolis clichés je suis également photographe animalier tout comme vous.J'ai un blog si ça vous dit.


amitié Christophe des Vosges



LAGREZE 10/01/2011 18:59



Bonjour.


Je souhaite réaliser un reportage sur les sangliersen forêt de Tronçais dans le département de l'allier.


C'est en cherchant des informations sur cet animal que je suis tombé sur votre article. Je l'ai beaucoup apprécié, et parfois j'ai rigolé tout seul, car il m'est arrivé de me trouver dans les
mêmes situations que vous.


Cordialement, didier LAGREZE.



camping cevennes 18/06/2010 11:10



On peut dire que vous êtes très doué.


Ces photos sont superbes !



Eric Breyton 19/06/2010 18:06



Merci, c'est votre magnifique région qui m'a inspiré


Eric



Michael 01/09/2009 18:13

Ouai mais 200 sera mon maxi :-s (et à 5.6 mini qui plus est). Donc ça va être dur de bosser dans le sombre si jamais j'ai la chance d'en avoir un assez prét.

Eric Breyton 01/09/2009 18:36


Penses au monopode dans ces conditions, tu peux sauver des clichés avec ça, ou a t'appuyer sur un tronc d'arbre en protégeant ton objo avec une écharpe camo...